Phnom Penh, la ville du souvenir

Gêoliers

Leurs traits sont ceux de jeunes garçons tout juste sortis de l’enfance. Chemise noire et béret, on peine à imaginer que derrière ces visages adolescents se cachent des tortionnaires intraitables: ceux de la sinistre prison S-21, la plus redoutable du régime Khmer rouge.

À l’instar de ses anciens gardes, le lieu, situé en plein cœur de Phnom Penh, inspire au premier abord une certaine confiance. Jardin parfaitement entretenu et ombragé, fontaine: une véritable oasis de calme dans le tumulte de la capitale cambodgienne. Rien, ici, ne laisse présager les horreurs qui s’y sont produites il y a plus de quarante ans.

Ecole

Début 1975, ces jardins étaient encore ceux du lycée Tuol Svay Prey. Depuis, les cris des enfants se sont tus, laissant la place au silence des touristes qui déambulent dans ces allées, émus des témoignages qui leur sont fournis. Car entretemps, l’école a perdu son âme. C’était le 17 avril 1975, jour de la prise de pouvoir de Pol Pot.

Tout avait pourtant bien commencé pour le régime d’inspiration maoïste. À l’époque, l’Est du Cambodge sert de base arrière aux communistes Nord-Vietnamiens. Situation qui a le don d’irriter le gouvernement américain. Celui-ci décide d’intervenir, aidé de ses alliés Sud-Vietnamiens. En 1970, le roi Sihanouk est destitué pendant que les bombardiers yankees lâchent des tonnes de bombes sur l’Est du pays.

Quand cinq ans plus tard les Khmers rouges libèrent Phnom Penh, c’est tout naturellement qu’ils sont accueillis en héros. Mais l’euphorie ne durera que quelques heures. Le temps pour le nouveau gouvernement d’ordonner l’évacuation immédiate des villes. Officiellement pour protéger d’éventuels bombardements. Officieusement pour conduire leurs habitants à la campagne, où ils seront forcés à travailler dans des conditions proches de l’esclavage.

Marqués par la doctrine maoïste, Pol Pot et ses acolytes imaginent une société idyllique, marquée par le travail rural et la collectivisation. Professeurs, étrangers, médecins, avocats et autres intellectuels sont arrêtés. Et exécutés. De même pour leur famille. Le régime applique un principe strict : « Pour se débarrasser de la mauvaise herbe, il faut aussi arracher les racines ».

Les geôliers (rappelez-vous ces visages enfantins), jeunes des campagnes sans éducation pour la plupart, appliquent aveuglément les ordres du pouvoir. Ils exécutent de sang froid toute personne suspectée de collusion avec la CIA. Des « aveux » obtenus sous la torture.

En cinq ans, jusqu’à la libération du pays par les troupes vietnamiennes, on estime que plus d’un cinquième de la population cambodgienne a disparu.

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Les restes d’un charnier comme tant d’autres, découvert sur le site du camp d’exécution de Choeung Ek. Après les pluies, il n’est pas rare que les gardiens du site retrouvent de nouveaux restes d’ossements ou de vêtements.

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